Le dramaturge et metteur en scène Jean-Philippe Daguerre, auteur de pièces largement primées lors des Molières (Adieu Monsieur Haffmann 4 Molières en 2018 et Du charbon dans les veines 5 Molières en 2025) s’est intéressé cette fois à l’histoire que lui a confiée, au cours d’un déjeuner, le directeur du Théâtre Montparnasse Bertrand Thamin. Le 18 octobre 1973 une pirate de l’air détournait l’avion qui reliait Paris à Nice. Après avoir libéré les passagers et l’équipage, sauf le pilote et le directeur de cabine, car il lui fallait quelqu’un pour la ramener et pour lui servir un repas elle fit part de ses revendications. Elle exigeait, entre autres, la mise sous scellés des bobines du film Rabbi Jacob qui devait sortir ce jour-là et une affiche montrant un Israélien et un palestinien se donnant la main. Qui était cette femme et pourquoi cette revendication ?

A la grande surprise des spectateurs, cette histoire est vraie et l’on découvre peu à peu le portrait d’une femme un peu excessive, mais originale, déterminée, féministe, qui osait tout au nom de ce à quoi elle croyait. Elle n’aimait pas le cinéma mais adorait le théâtre, elle admirait Louis de Funès et souhaitait qu’il renonce à ce film, Rabbi Jacob, qu’elle considérait comme une caricature malvenue en pleine guerre du Kippour opposant Israël et les pays arabes. Louis de Funès n’avait pas renoncé à Rabbi Jacob, mais avait accepté pour lui plaire, de jouer le jour de la sortie du film, La valse des toréadors de Jean Anouilh à la Comédie des Champs-Élysées où une place lui était réservée. Il a joué mais elle n’était plus là.

On retrouve ici le talent de Jean-Philippe Daguerre à raconter une histoire et à écrire des répliques qui font mouche. Le public rit beaucoup. Pour sa mise en scène il a fait appel à Narcisse, slameur et comédien connu pour son travail visuel informatique plein de poésie. Des mosaïques vidéo pleines d’humour arrivent à l’improviste montrant ce qui pourraient être les préparatifs du détournement. La vidéo nous conduit d’un restaurant luxueux à un appartement chic avec vue, où son mari reçoit les grands de ce monde, d’une salle de projection au cabinet de Françoise Dolto qui va diagnostiquer la bipolarité de l’héroïne. Des images, comme celle des premiers combats de la guerre du Kippour ou les premiers pas d’Armstrong sur la lune nous renvoient à l’époque.

Charlotte Matzneff, la fidèle des créations de Jean-Philippe Daguerre, incarne cette femme avec son humour tendre pour son époux, son ironie sans filtre face aux célébrités qui l’entourent, sa sensibilité et ses engagements. Elle en a le charme, les contradictions et les failles. Bernard Malaka est son producteur d’époux, calme face à la tornade qu’est sa femme, tentant de garder le contrôle des situations parfois explosives qu’elle créée. Jean-Philippe Daguerre a surtout trouvé un comédien enthousiasmant dans le rôle de Louis de Funès, Julien Cigana. Il en a observé tous les tics, marmonne, grimace et déclenche rires et même applaudissement dans la salle quand il se lance dans la célèbre danse de Rabbi Jacob.

Portrait d’une femme qui n’a pas empêché la sortie du film et son succès phénoménal, n’a pas réussi bien sûr à réconcilier Israéliens et Palestiniens, mais a tout de même réussi à réconcilier son mari avec son fils. Une femme attachante et originale, dont je ne divulgacherai pas le nom, mais vous l’apprendrez en voyant la pièce !

Micheline Rousselet

À partir du 10 janvier au Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaîté, 75014 Paris – le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 15h – Réservations : theatremontparnasse.com ou 01 43 22 77 74

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