« Notre-Dame des-Démolies », un titre remarquable pour un portrait de femme, servante, gouvernante percluse de préjugés, de peurs, d’angoisses mais aussi de sévices divers sans doute sexuels qui la conduisent inexorablement vers la folie. Personne ne s’en préoccupe préférant se servir d’elle. Lorsque sa folie qui voit le diable s’en prendre aux enfants qu’elle veut protéger est trop visible, on la licencie. Jusqu’à ce jour de 1968 où elle tue sa patronne de 9 coups de couteau croyant vaincre les horribles serpents et autres représentations de Satan grouillant dans le corps de la vieille dame. Avant de se livrer Marthe – c’est le nom qu’on lui donne – habillera sa patronne pour qu’elle soit présentable.
A partir de l’assassinat, Olivier Vonlanthen – natif de Fribourg comme Marthe – refait le film. Il la suit dans ses différents emplois, dans ses différents cauchemars psychotiques pour la comprendre, pour essayer de donner un sens à cette conclusion étrange d’une femme qui sera victime – il fallait mieux – de la maladie d’Alzheimer. Pourtant quelques bouffées de mémoire lui revenait « Roland, j’ai fait quelque chose de grave », dira-t-elle.
L’auteur raconte son enfance sans trop insister sur les agissements des personnes qu’elle côtoie pour suggérer le poids de la culpabilité que les autres – les harceleurs et autres pervers, les vrais responsables – font peser sur ses épaules. Pour elle, il est impossible d’en parler à qui que ce soit et elle s’enferme dans sa peur et son angoisse. Une description quasi clinique de son enfermement. La figure de l’Abbé Pierre surgit entre ces pages sans que l’auteur l’ait forcément voulu, dans cette manière de faire peser sur la victime sa propre culpabilité.
Un roman noir – et, malgré tout poétique par la musique qu’il fait entendre – au sens le plus fort du terme qui se termine par un coin de soleil que je vous laisse découvrir. .
Nicolas Béniès
« Notre-Dame-des-Démolies », Olivier Vonlanthen, La Veilleuse
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