Yann Reuzeau, auteur et metteur en scène, a écrit de nombreuses pièces s’intéressant aux sujets de société. Dans Des ombres et des armes, il aborde deux thèmes d’une actualité brûlante : le djihadisme islamiste et la montée de l’extrême droite. Nous partageons le quotidien d’une cellule de la DGSI chargée de déjouer des attentats. Lors d’une opération, les policiers réussissent à éviter un attentat mais un des terroristes leur échappe et tue dans sa fuite une jeune femme. Dans le groupe de la DGSI, les policiers vont alors s’opposer sur la stratégie à suivre. Niels est absolument persuadé qu’Abdel, un revenant (un jeune parti en Syrie et revenu en France), ment et qu’il prépare un attentat avec le djihadiste qui leur a échappé. Ses collègues et surtout sa chef et maîtresse Katia pensent qu’Abdel n’a plus rien à voir avec les djihadistes. Mais Niels ne veut rien entendre et il est prêt à transgresser toutes les règles pour atteindre son but. En parallèle, un autre service traque un groupe d’extrême droite suprémaciste auquel appartient le fils de Katia.
Yann Reuzeau a bâti son histoire comme un scénario cinématographique avec des scènes qui se succèdent ou se juxtaposent à un rythme effréné. La scénographie très ingénieuse de Goury, la musique et les lumières d’Elsa Revol accentuent cette tension constante. Des panneaux mobiles déplacés avec une grande dextérité et rapidité par les comédiens figurent les différents lieux.
Tous les comédiens au nombre de sept (Charif Ethan Al Ramlat, Aurélie Cuvelier Favier, Matěj Hofmann, Melki Izzouzi, Romain Julliand, Morgan Perez, Sophie Vonlanthen) sont époustouflants de présence et de dynamisme. Certains passent d’un rôle à l’autre avec une grande fluidité.
Yann Reuzeau a le grand mérite de ne pas avoir fait une œuvre didactique et manichéenne. Tous les personnages sont complexes. Niels perd pied car il ne supporte pas l’idée de l’échec. Cette traque des terroristes est devenue obsessionnelle et il n’arrive plus à raisonner. L’auteur dit que ce personnage lui a été inspiré par les témoignages de nombreux policiers qui sont intervenus au Bataclan. Katia, qui défend la morale, la démocratie, a un passé trouble où elle a été proche des idées d’extrême droite. Nourr, bien que policier, se sent proche des suspects qu’il infiltre de par son origine mais aussi des réactions non dénuées de racisme de ses collègues à son arrivée dans l’équipe. Abdel et Sofiane, les deux revenants, qui ont été tentés par le djihadisme quand ils étaient adolescents et qui s’en sont détournés, ont des difficultés à se réinsérer car ils restent toujours suspects aux yeux de beaucoup. Rien n’est univoque et Yann Reuzeau nous amène à une véritable réflexion.
Un vrai thriller à déguster comme au cinéma ou à la télé mais au théâtre avec des comédiens en chair et en os et une superbe scénographie qui accentue le rythme haletant.
Frédérique Moujart
Jusqu’au 1er février, les samedis à 21h et les dimanches à 17h – Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18ème – Réservations : 01 42 33 42 03 ou manufacturedesabbesses.com
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu