L’auteur, le metteur en scène et aussi le personnage de l’histoire, Ahmed Madani dit ne pas vouloir faire un théâtre documentaire mais un théâtre documenté. Dans sa création précédente, la trilogie, Face à leur destin (Illuminations, Flammes et Incandescences), mêlant réalité et fiction, ils mettaient en scène des jeunes des quartiers populaires qui se racontaient. Dans Au non du père, Anissa qui était une des actrices de Flammes nous raconte son incroyable histoire.

Installée dans sa cuisine avec au centre le plan de travail avec des ustensiles de cuisine et des ingrédients culinaires tout cela projeté sur un écran, derrière un four , Anissa,telle une conteuse, nous raconte sa vie. Son père a quitté sa mère avant sa naissance et n’a jamais voulu la reconnaître. Pendant toute son enfance, elle a fantasmé sur ce père, demandé une photo de lui à sa mère. Devenue adulte, mariée avec cinq enfants, elle le retrouve par hasard dans un reportage télévisé sur un couple de Français exilés aux États-Unis qui sont boulangers pâtissiers dans le New Hampshire. Quand elle raconte son histoire à Ahmed Madani qui l’interroge sur son père dont elle ne parle jamais, il l’incite à partir à sa recherche, à désobéir. Il lui propose de l’accompagner, de la filmer, de tout enregistrer et d’en faire un spectacle.

C’est ce road movie jusqu’aux États-Unis qu’Anissa nous raconte avec la complicité de Madani, installé derrière un petit bureau qui intervient dans le déroulement du spectacle, expliquant leur pacte, posant des questions sur le théâtre (vérité ou fiction), sur le rôle de l’imagination… D’où l’idée originale de construire cette histoire comme un récit policier en faisant intervenir à de multiples reprises les spectateurs. Ce que raconte Anissa de cette rencontre avec le géniteur est-ce vrai ? Comment cela s’est-il vraiment passé ? Les spectateurs interrogés donnent leur avis, posent des questions, proposent des hypothèses, fabriquant l’histoire avec Anissa avant que la vérité ne soit dite. Ce choix dramaturgique plaît beaucoup aux spectateurs et enchantent les jeunes qui deviennent partie prenante du spectacle et peuvent partager ce voyage mémoriel. C’est d’ailleurs le cas d’Ahmed Madani qui s’est aperçu à quel point l’histoire d’Anissa résonnait en lui.

Pendant toute cette histoire, les moelleux au chocolat et les pralines cuisent et seront partagés avec les spectateurs à la sortie. La comédienne pâtissière fabrique ses sucreries comme elle a choisi d’inventer sa vie. Pour Madani, Il n’y a pas de destin tout tracé, il ne faut pas l’attendre mais l’accomplir en prenant en main sa vie.

Frédérique Moujart

Jusqu’au 27 février, en janvier mercredi à 19h, jeudi et vendredi à 21h15, samedi à 19h et dimanche à 15h, en février du mercredi au samedi à 19h et dimanche à15h – Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris 11ème – Réservations : 01 48 02 72 34 ou theatredebelleville.com

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