C’est à Tunis que la metteuse en scène Erige Sehiri nous entraîne auprès d’une petite communauté de femmes venues de divers pays subsahariens. Aminata, journaliste originaire de Côte d’Ivoire, a pris le nom de Marie et officie comme pasteur évangéliste dans la maison qu’elle loue à Tunis. Elle héberge Naney, qui a laissé sa fille au pays et aimerait gagner l’Europe lorsqu’elle aura rassemblé l’argent pour payer un passeur, et Jolie, une étudiante dans une école d’ingénieur qui porte les espoirs de sa famille et est la seule à avoir un visa en règle. Les trois femmes ont recueilli Kenza une petite fille de cinq ans rescapée du naufrage d’un bateau de migrants. Un sentiment d’insécurité latent les entoure et s’aggrave au fur et à mesure que la Tunisie adopte des mesures anti-migrants.
Dans la Tunisie, qui sous les empires romain puis arabo-musulman portait le nom d’Ifriqiya devenu ensuite le nom du continent, la communauté subsaharienne a créé son univers avec ses bars (les maquis), ses discothèques, ses commerces et ses églises. Mais les décisions politiques créent un environnement de plus en plus hostile, dans lequel ces trois femmes vont, chacune à sa façon, tenter de trouver leur voie. Marie négocie avec un propriétaire sans scrupules pour essayer de garder l’appartement où elle organise des offices évangélistes pour la communauté subsaharienne, Naney aime faire la fête et vit de petites combines aidée par un ami tunisien, mais la vie devient difficile pour tous. Quant à Jolie, l’étudiante qui porte les espoirs de sa famille, elle se croit à l’abri grâce à son visa régulier, mais le jour où la police l’arrête et la traite comme une vulgaire sans-papiers, ses certitudes vacillent. En dépit de leurs soucis les trois femmes se rassemblent autour de la petite Kenza.
La metteuse en scène Franco-Tunisienne Erige Sehiri, dont le précédent film Sous les figues avait représenté la Tunisie aux Oscars en 2023, a quitté le milieu rural de son premier film pour la ville de Tunis. Mais celle-ci reste floue, lointaine comme elle l’est pour ces migrants qui vivent loin du centre dans leurs quartiers. Autour de la petite Kenza, absolument craquante, la metteuse en scène a rassemblé trois comédiennes, justes et vraies. La comédienne française d’origine malienne et sénégalaise Aïssa Maïga a la gravité, la douceur et le sérieux de Marie, qui se débat entre sa volonté de continuer sa mission de pasteure et son désir de garder Kenza, elle qui a perdu un enfant dans son périple pour arriver en Tunisie. L’artiste ivoirienne Laetitia Ky, connue pour utiliser ses cheveux comme un medium artistique et militant pour promouvoir la beauté noire, incarne Jolie, plutôt sûre d’elle en étudiante en quête d’indépendance et que la tendresse de Kenza sort parfois de sa solitude. Enfin il y a Debora Lobe Naney. C’est son premier film et elle crève l’écran, incarnant une Naney, cheveux courts et robe moulante tout aussi courte, à la fois forte, inventant toutes sortes de combines pour trouver de l’argent et pensant emmener Kenza dans son voyage vers l’Europe car la présence d’une enfant peut faciliter l’accueil, et en même temps si fragile. Il faut la voir enthousiaste comme une enfant sur sa trottinette qu’elle croit être le cadeau d’anniversaire que lui fait son ami tunisien et sa déception lorsqu’elle comprend qu’il l’a juste empruntée pour l’occasion.
Ce film rappelle, ce que trop de gens ont tendance à oublier : 80% des migrants africains restent sur le continent. Sur ce sujet la metteuse en scène a réussi un film lumineux qui évite que la violence prenne trop de place. Pour autant on ne peut échapper à la douleur et à la rage en voyant ces femmes si fortes contraintes à des acrobaties insensées pour simplement tenter de survivre.
Micheline Rousselet
Promis le ciel de Erige Sehiri (France, Tunisie, Qatar 2025, 92 minutes) – Le film a fait l’ouverture de la Sélection Un certain regard au festival de Cannes 2025 et a obtenu trois prix au FFA à Angoulême en 2025 – Sortie le 28 janvier 2026
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