
Dans le cadre des quatre spectacles que La Scala a offert cette saison à Ariane Ascaride, celle-ci aidée par Marie Desplechin à l’écriture et Thierry Thieû Niang à la mise en scène, nous invite dans son jardin secret. Son goût du théâtre colle avec celui de raconter des histoires aux gens, alors pourquoi pas la sienne. Elle suit le chemin de ses souvenirs, dans une famille dont elle dit « Shakespeare nous a tout pompé » ! Un père Napolitain volage, amateur de théâtre et d’opéra, communiste stalinien, qui avait gardé de son engagement dans la Résistance un Mauser en prévision du Grand Soir et qui tous les dimanches matins écoute les chœurs de l’Armée Rouge. Une mère silencieuse, dont elle dit « elle n’est pas contre le parti communiste, mais déjà qu’elle a épousé un fada, elle n’a pas le temps pour Staline » ! Au milieu de ce couple qui ne se parle et ne s’entend pas, la petite Ariane se retrouve vite sur les planches avec ses frères. La rencontre avec Robert Guédiguian la propulsera dans le cinéma social et engagé de son époux, lui valant un César de la meilleure actrice, mais elle n’oublie pas le théâtre et le prouve à La Scala cette saison.
L’actrice arrive avec deux valises, puis elle ira en chercher deux autres et deux autres encore. Il faut bien tout cela pour porter ses souvenirs. Elle en sortira au gré du récit, des photos et des objets qu’elle accrochera avec des pinces à linge sur un fil rouge, la couleur de ses engagements sociaux et féministes. De son père elle a hérité le verbe haut, la fidélité à sa ville Marseille et aux luttes sociales. Sa sincérité, son sens de l’humour nous entraînent sur un chemin où le rire n’empêche pas les moments douloureux, les infidélités du père, le mutisme de la mère, les violences du frère. La demande en mariage de Robert Guédiguian sur une moto lancée à pleine vitesse et le moment où elle est scellée entre le futur époux et son père devant un pastis d’anthologie peut entrer dans la légende ! Un pas de danse léger et, avec ses cheveux courts et en dépit de son âge, elle est ce Puck échappé de Shakespeare, un petit mouvement d’épaule, un regard qui glisse et elle a déjà fui les souvenirs douloureux. À la fin, elle s’échappe légère chantant Volare, le tube des années cinquante de Domenico Modugno que curieusement le public n’a pas oublié et qu’il reprend avec elle. Séduit, complice, il l’accompagne, prêt à l’écouter tout au long de la nuit.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 26 mars les mardis et mercredis à 19h15, puis du 15 avril au 9 mai du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h, (relâche les 29 et 30 avril puis le 1er et le 4 mai) à La Scala, 13 bld de Strasbourg, 75010 Paris – Réservations : 01 40 03 44 30 ou https://lascala-paris.fr
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